Le monitoring des grands carnivores du Parc W grâce au tourisme

16.02.2021

Classé en Août 1954, Le Parc  W est une aire protégée transfrontalière qui comprend une partie béninoise (520 000 ha), une partie burkinabé (230 000 ha) et une partie nigérienne (220 000 ha). Il s’inscrit dans un complexe plus vaste dénommé WAP qui inclut les parcs de l’Arly du Burkina Faso et de la Pendjari du Benin (W, Arly, Pendjari), (UICN, 2010). Ce complexe est considéré comme le plus grand et le important continuum d’écosystèmes terrestres, semi-aquatiques et aquatiques de la ceinture de savanes de l’Afrique de l’Ouest (PNUD, 2008).

Lions photographiés par des touristes
Credits : Croix du Sud Voyages

La végétation rencontrée est de type soudanien avec un gradient du Nord au Sud allant des savanes herbeuses, aux savanes arbustives et les savanes boisées. Au Sud on rencontre des formations végétales fermées constituées de forêts claires et de forêts galeries.

Il renferme presque toutes les espèces de grands mammifères de la savane soudanienne de l’Afrique de l’Ouest.  En outre il renferme beaucoup des sites archéologiques.

Le Parc W est par ailleurs classé site Ramsar en 1987 et est inscrit comme site du Patrimoine Mondial et Réserve de Biosphère de l’UNESCO en 1996.

Cela fait de cette aire protégée un site par excellence, situé à seulement moins de deux heures de voiture de la capitale, Niamey, sur une route bitumée. Ces dernières années ce sont des milliers de visiteurs (tant Nationaux qu’étrangers) qui l’ont visité, donnant ainsi une impulsion à l’économie locale. En effet, il est connu de tous que la majeure partie de la population riveraine tire ses revenus des activités du Parc. Alors, l’arrêt des visites et la fermeture des infrastructures touristiques ont été un grand choc pour ces populations oubliées de cette boucle du fleuve Niger.  Aujourd’hui, elles ne vivent plus mais survivent et se sentent abandonnées à leur sort.

Ce que la plus part ignorent, c’est que l’absence des visiteurs est aussi une grande perte pour la conservation, particulièrement pour la science. Oui ! Pour ceux qui ne le savent pas, chaque année ces visiteurs participent à la collecte d’importantes données sur la distribution et l’identification de certaines espèces fauniques, notamment les grands carnivores comme le lion (Panthera leo), le guépard (Acinonyx jubatus hecki)  et la hyène tachetée (Crocuta crocuta). Ainsi, l’essentiel de ces observations et images sur ces espèces proviennent des visiteurs. Cela permet d’alimenter une base de données ténue par le service en charge du suivi écologique du Parc W, qui chaque année procède à des analyses statistiques, en combinant avec d’autres méthodes de monitoring. Les photos permettent de distinguer les individus les uns des autres et ne sont pas comparables à celles collectées lors des dénombrements pédestres ou aériens au cours desquels peu d’observations de ces espèces sont faites.

Oui ! On peut dire que l’absence de visiteurs porte également un coup au monitoring des grands carnivores du Parc W.

Aujourd’hui cette absence de collecte des données des visiteurs est partiellement compensée par le travail des informateurs locaux qui enregistrent les incursions de la faune dans la zone périphérique du Parc. Ces informateurs sont tous ressortissants des villages périphérique du Par cet ont été formés pour la collecte des données liées à la faune et à la dégradation de l’environnement. Ils ont ainsi rapporté des centaines d’informations, dont la circulation d’un groupe de neuf Lions et des Hyènes Tachetées circulant vers les villages et s’étant attaqués à plusieurs reprises au bétail. En outre il a été rapporté un groupe de trois guépards. Ces types de données, même si elles ne proviennent pas de l’intérieur du Parc, apportent une idée de l’état de conservation des espèces. En effet, ça remonte à plusieurs années qu’un nombre aussi important de lions n’a plus été observé.  Cela est très réconfortant vu l’inaccessibilité actuelle du Parc même pour les gestionnaires, vu le contexte sécuritaire.

Cette publication a été réalisée avec le soutien financier de l'Union européenne par le biais de l'IUCN Save Our Species. Son contenu relève de la seule responsabilité de  COGEZOH et ne reflète pas nécessairement les vues de l'IUCN ou de l'Union européenne.



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